LES PAPIERS PEINTS D’ANDY WARHOL

 

Andy Warhol devant ses tableaux dans son studio, the Factory, à New York, le 12 avril 1983. © Brownie Harris / Corbis-Getty.

Andy Warhol, né Andrew Warhola le 6 août 1928 à Pittsburgh, Pennsylvanie, aux États-Unis, et mort le 22 février 1987 à New York, est un artiste américain, l’un des principaux représentants du pop art.

 

Warhol est connu dans le monde entier par son travail de peintre, de producteur musical, d’auteur, par ses films d’avant-garde, et par ses liens avec les intellectuels, les célébrités d’Hollywood ou les riches aristocrates. Bien que le travail de Warhol reste controversé, il a été le sujet de multiples expositions, de livres, et de films depuis sa mort. Andy Warhol est généralement reconnu comme l’un des plus grands artistes du XXe siècle.

 

Le papier peint est indissociable de la société industrielle – il lui doit son développement – et les années 60 ont inévitablement propulsé Warhol à se l’approprier, comme symbole et comme support. Le roi du pop art définit sa propre vision d’un motif bucolique avec les têtes de vaches criardes de son papier peint « Cows ». Warhol installe le papier peint dans une galerie pour la première fois.

 

Ses premières œuvres des années 1960 comptent parmi les premiers exemples du pop art américain. Il remet en question l’art et imite l’industrie manufacturière, parodiant la consommation de masse. Ce parti pris se traduit dans ses œuvres par la répétition mécanique d’une image ou d’un motif. Après 1962, il produit majoritairement des sérigraphies représentant des icônes de la vie publique telles que Marilyn Monroe, Elvis Presley, Jackie Kennedy, la Reine Elizabeth ou Mao Tse Tung.

 

Les images de Flower sont d’abord produites en lithographies limitées (1964), imprimées sur des feuilles de 58 cm x 58,6 cm par Total Color à New York exposées à la Leo Castelli Gallery, New York. L’exposition de Cow wallpaper en 1966 à la Leo Castelli Gallery marque la réutilisation des sérigraphies pour produire des papiers peints en plus grand format. Les papiers peints en rouleau sont produits à compter de 1974, date de production de « Mao » édité par Bill Miller’s Wallpaper Studio Prints. Une collection de papiers peints produits en rouleaux, édités par Flavor Paper en collaboration avec The Andy Warhol Foundation For The Visual Arts est inspirée des œuvres de l’artiste et reprend les motifs de Ali, Elvis Presley, Flowers, Marilyn, The Queen pour en citer quelques-uns.

 

 

Sources :   Musée des beaux-arts du Canada

The Andy Warhol Museum

The Andy Warhol Foundation For The Visual Arts

 

 

 

 

ANDY WARHOL

L’ART ET LE PAPIER PEINT – 1963-1983

 

 

Paul Maréchal, 9 avril 2020

 

1. Andy Warhol with Brillo Box and Ruby the cat, 1964. © Billy Name / Reel Art Press.

Pionnier dans la création de papiers peints à vocation artistique, Andy Warhol (1928-1987) réalisa huit papiers peints au cours de sa carrière, neuf au total si l’on considère le papier aluminium qui tapissait tous les murs de son premier atelier, la bien nommée Silver Factory (Fig. 1) ; il avait confié en 1963 l’aménagement de ces lieux à Billy Name (Billy Linich à la ville), un ami éclairagiste au théâtre devenu le photographe officiel de la Factory tout au long des années 1960, et qui avait eu l’idée d’en tapisser les murs.

 

Deux ans plus tard, en 1965, un concept de papier peint plus abouti germa dans l’esprit de Warhol, à l’occasion de sa toute première exposition rétrospective dans un musée américain, soit l’Institute of Contemporary Arts de Philadelphie ; sur l’un des murs, il colla une centaine de ses lithographies ayant pour sujet 70  timbres de marque S & H Green Stamps (Fig. 2) dont une grande partie du tirage à 6 000 exemplaires avait déjà été pliée et expédiée par la poste en lieu d’invitation au vernissage.

 

2. S & H Green Stamps, 1962. © Rare Book and Manuscript Library, University of Pennsylvania.

 

L’année suivante, en 1966, à l’occasion de l’exposition de ses œuvres à la galerie Leo Castelli, Warhol créa un véritable papier peint, cette fois ayant pour sujet une tête de vache aux allures psychédéliques avec son improbable tête rose sur un fond jaune éclatant devenue depuis iconique (Fig. 3).

 

3. Andy Warhol with Cow Wallpaper, 1966, Los Angeles. © Steve Schapiro.

Warhol avait trouvé le sujet de cette vache dans un ouvrage portant sur l’agriculture montrant une photo en noir et blanc de cette vache et dont il a détaché la page et dont la source bibliographique est encore inconnue à ce jour.

 

Ces trois premières utilisations de papier peint par Warhol visaient d’abord une création investissant un espace, une installation en somme, sans aucune œuvre accrochée sur le papier peint. Cette idée de Warhol prit un tournant décisif cinq ans plus tard, (idée qu’il conservera tout le reste de sa carrière) lorsqu’il imagina des papiers peints comme arrière-plan à ses tableaux. C’est au Whitney Museum de New York, où est présentée en 1971 une rétrospective de ses œuvres, qu’il réutilise le motif de tête de vache conçu précédemment pour la galerie Castelli, mais cette fois dans des tonalités de couleurs marron sur fond bleu ciel. Parmi les tableaux qu’il accroche sur le papier peint figurent des autoportraits (forme d’autodérision ?) et sa version personnelle de La Joconde par Léonard de Vinci.

 

4. Cows, 1971. © Warhol Foundation for the visual arts.

 

Warhol réutilisera encore le motif de vache en papier peint à deux autres reprises, soit en 1976 et en 1979, toujours à l’occasion d’exposition de ses œuvres dans des musées, et toujours dans une variation de couleurs différentes (Fig. 4).

 

Cet emploi du papier peint comme arrière-plan à ses tableaux peut être compris comme un lien établi par Warhol entre ses tableaux et leur environnement – à la manière d’un encadrement – ses tableaux n’étant le plus souvent pas encadrés ou encore encadrés de façon minimaliste, lorsqu’il s’agit des plus petits formats. Plus encore, cette manière de présenter ses tableaux doit être vue comme une incursion dans la conception d’une œuvre d’art totale, l’œuvre et son environnement ayant tous deux été créés par l’artiste et faisant corps comme une unité.

 

5. Mao, 1972, et Plum Head Mao, 1974.

En 1966, alors qu’il agit à titre de producteur du groupe rock The Velvet Underground & Nico, Warhol conçut un spectacle multimédia intitulé Exploding Plastic Inevitable, véritable pièce d’anthologie d’art total, qui incluait des projections de diapositives aux motifs pop et psychédéliques sur les murs de la salle de spectacle au rythme des musiciens et de Nico, la chanteuse du groupe, eux-mêmes accompagnés de danseurs, plongeant ainsi le spectateur dans une expérience immersive visuelle et sonore contemporaine jamais vue jusque-là, si ce n’est depuis la création des opéras au XVIIe siècle.

 

Le papier peint chez Warhol respecte toujours une constante quant aux motifs représentés, à savoir la multiplication de sujets qui sont tout aussi multiples dans la vie réelle. Que ce soit les nombreux reflets du papier aluminium ; la multitude de timbres S & H en circulation dans les foyers américains ; les nombreuses vaches qui composent un troupeau sur une ferme, Warhol respecte cette sérialité co-existentielle avec la nature même du sujet ou de l’objet. Un seul papier peint créé en 1974 par l’artiste échappe à cette observation, Washington Monument, représentant le monument de la capitale américaine et dont l’origine et la destination de la commande demeurent inconnues à ce jour, n’ayant jamais été utilisé pour aucune exposition du vivant de l’artiste.

 

6. Self-Portrait Wallpaper, 1978, et Self-Portrait (Strangulation), 1978. Brooklyn Museum, 2010. © Art Hag.

Le quatrième papier peint réalisé par Warhol représente un portrait de Mao dessiné à main levée sur lequel un ovale de couleur mauve est appliqué sur le visage (aussi connu sous l’appellation de Plum Head Mao). La propagande de la dictature communiste avait multiplié l’image du célèbre personnage, qu’il créa à l’occasion de l’exposition de sa série de tableaux consacrée à Mao au Musée du Palais Galliera à Paris en 1974 et dans laquelle les portraits de Mao, tous accrochés sur un papier peint à motif d’une tête de Mao, fit en sorte de multiplier au total le portrait du Grand Timonier à 1591 exemplaires dans cette seule exposition ! (Fig. 5)

 

L’autoportrait de Warhol, lui-même étant devenu très médiatisé au fil des années, fit l’objet d’un septième papier peint de l’artiste, en 1978, pour orner cette fois les murs de deux musées, au Kunsthaus de Zurich et au Louisiana de Humleback au Danemark où était présentée une sélection de ses œuvres. (Fig. 6)

 

Le huitième et dernier papier peint conçu par Warhol en 1983 sera celui-là à motifs de poissons qu’il intitule Fish et qu’il destine comme arrière-plan à sa nouvelle série de tableaux intitulée Toys Paintings, une exposition qu’il destinait aux enfants et dont l’accrochage des petits tableaux, à deux ou trois pieds du sol, respectait la hauteur des yeux de ces petits visiteurs (Fig. 7). L’exposition fût présentée à la galerie Bruno Bischofberger de Zurich et incluait la vente d’un livre pour enfant à cartonnage épais entièrement réalisé par Warhol.

 

7. Fish, 1983. CFHILL Art Space, Stockholm.

La sérialisation, caractéristique dominante dans l’œuvre peint de Warhol, présente la répétition d’une même image mais elle comporte cependant des variations de couleurs ou de poses des modèles. La sérialisation plus rigide du papier peint impose quant à elle une vision statique, mécanique et répétitive à l’infini que les tableaux de Warhol viennent animer, et dont la sérialisation est néanmoins changeante.

 

La création de papier peint chez Warhol s’inscrit dans une démarche de développement d’un projet artistique multidisciplinaire que démontre bien la volonté de l’artiste de ne pas vouloir être perçu ou confiné au titre de seul peintre, mais bien en tant que créateur d’un art s’incarnant dans un grand nombre de médias aussi variés que la peinture, la sérigraphie, l’imprimé, la photographie, le film, la vidéo et au moyen de supports tout aussi diversifiés que le papier peint, l’affiche, le livre, la pochette de disque, le sac de courses (shopping bag), l’invitation, l’étiquette de bouteille de vin et le textile, variété de support qui illustrent bien l’œuvre protéiforme du Roi du Pop. L’œuvre de Warhol devint ainsi Pop dans son essence même, par son accessibilité allant bien au-delà des beaux-arts, ouvrant son appréciation et sa signification au plus grand nombre, et non plus seulement aux habitués des musées et des galeries.

 

Majoritairement limités à la peinture, au dessin, ou encore à la sculpture avant l’ère Warhol, les artistes marchent encore aujourd’hui dans les traces du maître qui sut mieux que tout autre montrer qu’une multitude de médias et de supports pouvaient mieux servir la création, et qu’un support perçu comme commercial, tel le papier peint, pouvait également servir un projet artistique original. La majorité des papiers peints créés par Warhol présentent la caractéristique d’avoir été conçu pour l’exposition de ses propres œuvres. Pour Warhol et pour certaines œuvres en particulier, le support importait autant que l’œuvre elle-même puisqu’il faisait corps avec elle et en complétait le sens.

Photo © Jérôme Lavallé

PAUL MARÉCHAL
Notes sur l’auteur

 

Natif de Montréal, Paul Maréchal est historien de l’art et conservateur de la collection Power Corporation du Canada depuis 1993. Après ses études au baccalauréat en cinéma et production de film à l’Université Concordia à Montréal en 1988, il obtient une maîtrise en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal en 1994 où il donne depuis 1997 le cours sur le marché de l’art.

 

Paul Maréchal a entrepris des études exhaustives sur l’œuvre d’Andy Warhol. Il est l’auteur de quatre catalogues raisonnés sur l’œuvre graphique de l’artiste. Une première recherche sur l’ensemble des quelques 65 pochettes de disques a été publiée chez Prestel (filiale Art & Architecture de Random House), en 2008, rééditée en 2015. Cet ouvrage a servi de base à l’exposition Warhol Live au Musée des beaux-arts de Montréal en 2008.

 

En 2014, deux autres études sont publiées chez Prestel : la première portant sur l’ensemble des quelques 40 affiches publicitaires de l’artiste et la seconde sur les quelques 425 illustrations et couvertures de magazines commandées par plus de 60 éditeurs. Ces publications ont été à la base de plusieurs expositions portant sur ces sujets dans des musées tant à Londres, Barcelone, Madrid et Lyon entre autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMISSAIRE
CLAUDE GOSSELIN, C.M. (c.v.)
Directeur général et artistique
Centre international d’art contemporain de Montréal
claude.gosselin@ciac.ca

 

COMMISSAIRE ADJOINT
VINCENT GODIN-FILION
Adjoint à la direction générale et artistique
Centre international d’art contemporain de Montréal
vincent.godin-filion@ciac.ca