LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE
LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE
LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE
LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE
œuvre 1


LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE,
d'Olivier AUBER (France), 1986-2004



LE GÉNÉRATEUR POÏÉTIQUE Le mot « générateur » évoque la vie. Qui engendre, qui crée. Quelque chose à venir qui n'était pas là avant, une possibilité future. Dans le contexte des arts électroniques, il réfère à des œuvres qui, grâce à un programme informatique (une écriture cachée, codée, invisible mais néanmoins active), permettent de produire des contenus nouveaux qui feront surface, qui s'offriront à l'utilisateur en réponse à son acte. La vie, ou l'impression de vie, tient à cette réponse, à cette réaction analogue à celle des rapports humains. L'aspect aléatoire du résultat de cet engagement avec le projet générateur renforce cette impression. Quelque chose se passe, quelque chose d'inattendu et d'incontrôlable. Le hasard et l'absence d'emprise (totale) sur l'avenir produisent ces effets de vie qui découlent du pacte avec l'ordinateur. Les éventualités, pourtant, sont déjà là dans l'espace souterrain de l'ordinateur ou du réseau, toutes potentielles sans être pour autant exprimées. En effet, dans plusieurs cas d'œuvres dites génératives, le programme extrait des contenus déjà existants (écrits, sonores, visuels) grâce à des fonctions de mathématique aléatoire (random), à partir, par exemple, d'une base de données ou du Web.

Dans le cas du Générateur Poïétique toutefois, ce sont les autres participants qui produisent des contenus en réaction continuelle à l'input de chacun. Un outil de dessin simple est mis à la disposition des utilisateurs lors de rencontres dont le moment est fixé à l'avance. Simultanément, tous les participants se retrouvent sur le réseau pour construire une image qui se transforme au gré des interventions de chacun. Ici, ce n'est pas l'instrument lui-même qui réveille ou révèle le contenu. Bien entendu, l'outil sert à déclencher des actes de création collective, mais la vie qui est insufflée à la production commune dépend fondamentalement des réactions créatives et imprévues de chaque collaborateur. Le changement continuel de l'image par les uns et les autres en fait une animation, la manifestation en temps réel de la contribution individuelle magnifiant ainsi l'aspect vivant du processus. Assister à sa contribution et à la réponse des autres tandis que progresse l'image procure indéniablement un sentiment de présence et de vie très intense. Le Générateur Poïétique est donc un générateur profondément humain et vivant, même si les participants transitent obligatoirement par un outil et un réseau.

L'expérience du Générateur Poïétique s'apparente à celle du cadavre exquis. Comme celle-ci, elle remet en question la notion d'auteur unique et accueille l'expression de l'imprévu1. Toutefois, elle en diffère aussi sensiblement, puisque les contributions ne se font pas uniquement de manière consécutive (ligne dans le temps), mais aussi de façon simultanée (parcours spatial). Chaque collaborateur se voit attribuer un espace au sein de l'image, un certain nombre de pixels variant selon le nombre de participants2. Une zone lui appartient et il en transforme l'image, en continuité ou rupture avec les interventions des autres qui lui sont juxtaposées. Une narration prise en charge par la communauté des participants se développe ainsi, les thèmes variant d'une performance à l'autre, allant de l'intime aux préoccupations universelles.

Le Générateur Poïétique n'est pas la seule initiative qui permet la création collective d'une image en temps réel - plusieurs autres projets dans ce sens mériteraient notre attention3. Il se démarque toutefois de ces derniers à plus d'un égard. Ainsi, on ne peut que reconnaître la longévité remarquable et la flexibilité de ce projet qui, depuis 1986, est demeuré actif sur de nombreux réseaux. À la fois outil de dessin, œuvre de participation, performance et projet télématique, cette initiative s'inscrit avec beaucoup de pertinence au sein des pratiques sur le réseau en prenant en compte la nature même de ce nouvel espace et moyen de communication. Mais surtout, Le Générateur Poïétique rend présent le participant aux autres et à lui-même en lui offrant la possibilité de créer dans un espace-temps partagé. En ce sens, ce n'est pas tant une impression de vie qui résulte de l'expérience, mais bien la certitude de prendre part à la vie elle-même.

(En version française, anglaise et italienne)





Notes
1 : Le cadavre exquis est une technique de création collective utilisée par les surréalistes. Les participants contribuent l'un après l'autre à une création par l'ajout d'un mot ou d'une image, sans connaître le résultat final de l'exercice.  

2 : La zone confiée à chaque personne dépend du nombre de participants. Plus il y a de collaborateurs, plus elle est petite, et inversement.  

3 : Les projets d'Andy Deck, par exemple, forment un ensemble réjouissant d'outils de dessin et de création visuelle. Voir www.andyland.net et artcontext.org.  




Sylvie Parent

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