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Première biennale mondiale de la culture libre



La Biennale de Montréal veut ouvrir la porte du monde des arts. Un retour à l'activisme des années 1960 et 1970. Cette fois, avec toutes les ressources de la plus récente génération Internet.

(Edo Dijksterhuis dans Het financieele dagblad, 16 mai 2009)

Du 1er au 31 mai 2009 s'est tenue à Montréal la première biennale mondiale consacrée à la culture libre.

Basée sur le partage et l'accès de tous à l'information, la culture a toutefois pris des chemins différents selon les secteurs où elle s'est incarnée. C'est ainsi que l'architecture libre se veut essentiellement une façon d'aider les pays en voie de développement à fournir un toit à leurs populations les plus pauvres. En photographie, en peinture et en musique, elle consiste surtout à réaliser de nouvelles oeuvres sur la base d'oeuvres déjà existantes, rejoignant ainsi les principes de Marcel Duchamp et de l'art d'appropriation. En informatique, son secteur de prédilection, cette notion a rapidement conduit à deux interprétations différentes, l'une plus sociale visant le le plus large accès possible au monde des connaissances, l'autre plus scientifique ayant pour but de permettre le développement des technologies, sans que celui-ci soit ralenti par les intérêts particuliers. Dans d'autres secteurs comme le journalisme, la notion de culture libre a tendance à se confondre avec celle de « journalisme citoyen » qui se définit par la participation collective à l'élaboration des reportages.

La BNL MTL 2009 s'est voulue un lieu de rencontre entre les différents artistes, venus principalement du Québec et du reste du Canada ; elle visait à leur permettre d'expliquer ce que signifiait le concept pour eux et pour leur forme d'art, de constater comment leur notion se rapprochait ou s'éloignait de celle d'artistes d'autres disciplines et de comparer leurs expériences en ce domaine.

Le thème de la culture libre fait en effet écho à plusieurs grandes questions de l'art contemporain, comme la remise en question du fonctionnement traditionnel du marché de l'art, l'adaptation du droit d'auteur à l'époque numérique, les oeuvres participatives et évolutives, l'utilisation des logiciels libres dans la création, pour ne rien dire du statut de l'artiste et de ses rapports avec la société.

Depuis quelques années déjà, le Magazine électronique du CIAC sous la direction d'Anne-Marie Boisvert avait permis à des artistes de différentes disciplines d'utiliser des logiciels libres pour créer de nouvelles oeuvres certes, mais aussi pour faire participer le grand public à leur effort créatif.

Rencontres et colloques internationaux

Deux colloques internationaux ont tenté de définir les rapports entre la culture libre et le monde des arts.

Intitulé « Histoires et archives ; arts et littératures hypermédiatiques » un premier colloque organisé par le Laboratoire NT2 a permis d'explorer diverses formes littéraires et artistiques sur le web comme l'hypertexte, le texte généré par ordinateur, la fiction interactive, les oeuvres combinant matériau textuel et multimédia, sons, images et vidéos.

Un deuxième colloque, animé par Olivier Charbonneau, bibliothécaire professionnel et représentant de Creative Commons pour le Québec, a permis de réunir des artistes aussi bien que des théoriciens pour explorer les enjeux de la culture libre et ses liens avec l'art contemporain. À un moment où le terme « équitable » devient de plus en plus populaire, les participants ont été appelés à parler aussi bien de consommation équitable que de création équitable.

Une Soirée de performances hypermédiatiques bleuorange a permis de réunir au Coeur des Sciences de l'UQUÀM les artistes J.R. Carpenter, Jason E. Lewis et David Jhave Johnston.


Le sociologue Jean-Paul Fourmentraux
Colloque « Histoires et archives ; arts et littératures hypermédiatiques », 2009

 

Arts visuels

 Le point central de la culture libre réside dans la créativité des individus à l'échelle mondiale. Deux artistes Cao Guimaräes et Richard Wentworth, travaillant l'un en Amérique du Sud, l'autre en Europe, et ne connaissant pas leur travail réciproque, ont créé des séries de photographies documentant des actes de créativité individuelle, spontanés et modestes, sur des objets quotidiens auxquels ils ont donné une nouvelle forme ou une nouvelle fonction.

                  
Cao Guimaraes                                                                   Richard Wentworth                                                                  
Gambiarras # 13, 2005                                                     De la série Making Do and Getting By, 1973 - 2008
                           

La plupart des artistes ont proposé des oeuvres qui encourageaient la participation individuelle des spectateurs, qu'il s'agisse de Perry Bard, d'Alexandre Castonguay et Mathieu Bouchard, de Melissa Mongiat et Amuse, de Daniel Joliffe, de Natalie Reis et Vanda Daftari, sans oublier Lynn Hughes et Bart Simon.

                             
Perry Bard,                                                                                          Alexandre Castongauy et Mathieu Bouchard,
Man with a Movie Camera:The Global Remake, 2007            Read+Write, 2009

 

         
Melissa Mongiat,                                                                Daniel Joliffe,
La Conspiration du Bien, 2009                                        Une minute gratuite, 2009

 

                   
Vanda Daftari et Natalie Reis,                                           Lynn Hugues et Bart Simon,
Shopdropping Montréal, 2009                                          Lab Poreux, 2009

 

Peter Gibson (Roadsworth) a peint pour l'occasion une oeuvre en lien avec l'histoire de l'école Bourget, lieu principal de la BNL MTL au centre ville de Montréal. Pour la BNL MTL 2009, l'oeuvre de Roadsworth se retrouve sur les trottoirs de la rue Sainte-Catherine Ouest, rappelant ainsi le parcours des garçons et des filles vers l'école Bourget.


Roadsworth, 2009

 

Une oeuvre interactive, « Des Histoires personnelles », impliquant les artistes Alexandre Castonguay et Michel Seta ainsi que les citoyens de l'arrondissement Le Sud-Ouest, a été présentée à la Maison de la culture Marie-Uguay avec beaucoup de succès.


Alexandre Castonguay et Michel Seta,
« Des Histoires personnelles »  2009

 

Cinéma

Ouvert à la participation du public et aux échanges avec les réalisateurs, le volet cinéma a été conçu et réalisé par les commissaires Michèle Gauthier et Claudine Tessier. Il a regroupé huit cinéastes émergeants qui ont réalisé huit courts métrages élaborés à partir d'éléments fournis par d'autres membres du collectif et par le public. Celui-ci était convié à compléter en ligne un test de personnalité dont les résultats ont défini la psychologie de la protagoniste du film, une jeune artiste dans la vingtaine, instable, ayant peur d'être banale et oubliée. Huit comédiennes ont interprété le même personnage mais de manière unique selon la vision personnelle de chaque réalisateur.


Michèle Gauthier et Claudine Tessier,
8 courts un collectif, 2009
(Abeille Tard, Alexandre Gibault, Ahn Minh Truong, Benjamin Gueguen, Claudine Tissier, Guy Édoin, Sophie Goyette, Yann Giroux)

 

Design

Stefan Stagmeister est un artiste dont le travail, non dénué d'humour, a pour objectif de faciliter la vie. Il se concentre sur trois domaines : la musique, les institutions artistiques et le secteur social. Sagmeister a rassemblé dans un journal une vingtaine de maximes qui sont pour lui un condensé de découvertes de son existence. Depuis cinq ans, il met en scène à travers le monde différentes phrases de cette collection d'observations, utilisant des espaces habituellement réservés à la publicité. Élaborée spécifiquement pour Montréal en mai 2008, la phrase Obsessions are helpful professionally and inane privately a été offerte aux créateurs et au public pour être réalisée de différentes façons. Les participants ont pu choisir leurs matériaux de travail (photographie, son, vidéo, artisanat...) Un jury a sélectionné les meilleures réalisations.


Stefan Stagmeister,
Design Libre, 2009

 

Musique

Conçu et réalisé par les commissaires Claudio Marzano et Scott Clyke, le projet « Paysages sonores / Soundscapes » est une plate-forme de conversation musicale. Le compositeur David Ryshpan a amorcé l'échange en imaginant une trame sonore à partir du paysage imaginaire Dancing Serpent in Dawn's Quiet (2006) de Rick Leong. Cette création a été rendue accessible en ligne aux musiciens et aux réalisateurs du monde entier, invités à réinterpréter la partition. Une sélection des remix a été compilée sur un CD et présentée à une soirée à la Sala Rossa.

                                      
Rick Leong,                                                                                                 Soirée "The Goods" Paysages Sonores,
Dancing Serpent in Dawn's Quiet, 2006                                              Sala Rossa, 2009

 

L'art du réseau - Net as Art : numéro spécial du Magazine électronique du CIAC

Le processus créatif à l'origine de nombreuses oeuvres d'art contemporain se déroule, en tout ou en partie, sur le Net : interaction, collaboration, collage, remix... Le Net constitue pour tous ces modes de création un habitat naturel dans lequel les limites de l'espace, du temps et de la matière sont abolies. Le numéro 33 du Magazine électronique du CIAC s'est donc penché sur ces oeuvres en prenant le réseau lui-même comme objet d'étude. Renvoyant aux idéaux originels du réseau, faits d'esprit de coopération, de libre-échange, de la primauté du collectif sur l'individuel, ces oeuvres sont le fruit d'une navigation qui crée une trace visuelle, laquelle devient information avant de se transformer en spectacle.