LES PAPIERS PEINTS DE KENT MONKMAN

 

Miss Chief’s Wallflowers, 2017

 

 

À première vue, Miss Chief’s Wallflowers [2017] semble représenter les images banales habituelles de frontaliers en canoë, à cheval et en interaction avec les Indiens. En y regardant de plus près, une grande partie de ce qui est représenté est tout à fait le contraire. En plus des activités attendues, un certain nombre d’hommes sont engagés dans une variété d’activités sexuelles. Bien sûr, ici et là, Miss Chief fait une apparition, portant un assortiment de costumes bizarres et incongrus. Bien qu’elle soit glamour, son insertion dans ce qui est généralement présenté comme un environnement masculin et plutôt non sexuel (sauf pour le mariage) évoque un ton comique. Miss Chief n’est certainement pas une Wallflower ; c’est tout le contraire. Le titre de l’œuvre suggère la nature secrète du sexe lors de l’expansion vers l’ouest des États-Unis et du Canada au cours des années 1800. De plus, l’artiste présente chaque image, aussi explicite soit-elle, comme une fleur destinée à être vue sur un mur, pas quelque chose de pornographique et destiné à être caché. Personne avant Kent Monkman n’avait imaginé la vie à la frontière de cette façon, certainement pas Hollywood ni les artistes du XIXe siècle. Ajoutant à l’humour de l’œuvre et atténuant sa valeur de choc est le fait que les scènes représentées sont sur du papier peint de douze pieds [366 cm] de long et deux pieds [61 cm] de large. Avoir une pièce décorée avec ce matériel serait, à tout le moins, propice à une conversation. En tant qu’artiste, Kent Monkman utilise tous les moyens à sa disposition pour bouleverser les visions traditionnelles de l’histoire coloniale du Canada et des États-Unis.

 

 

Extrait de l’article de E.J. GUARINO, « PROVOCATEUR: The Graphic Art of Kent Monkman », King Galleries, 1er février 2018.

 

 

Œuvre : Kent Monkman, Miss Chief’s Wallflowers, 2017, papier peint imprimé sur vinyle autocollant, 366 cm x 61 cm (144” x 24”).  Photographie © Peters Projects, Santa Fe.

 

On peut se procurer ce papier peint sur le site de l’artiste : www.kentmonkman.com

 

Biographie

 

Photographie © Kent Monkman

Kent Monkman, artiste, cinéaste (né le 13 novembre 1965 à St. Marys en Ontario). Kent Monkman fait partie des artistes les plus doués et les plus cotés de sa génération. Son travail s’appuie sur des techniques de peinture traditionnelles, mais également sur des performances, des films et des installations. Dans ses œuvres, il explore différents aspects de son identité autochtone et de l’homosexualité, abordant souvent des questions relevant à la fois de l’histoire des gais et de celles des Premiers Peuples. Dans une tentative d’ébranler le spectateur et de subvertir ses attentes, il endosse dans sa production, la personnalité du « filou », appartenant notamment à la tradition des Premières Nations, sous les traits de son alter ego, Miss Chief Eagle Testickle. Dans ses toiles d’une grande luxuriance visuelle, souvent à l’échelle de peintures murales, il présente des récits inversés des relations entre Autochtones et colons. Son travail propose une critique cinglante, parfois provocante, de l’histoire du Canada et de la façon dont elle a été consignée. Il a reçu plusieurs prix et de nombreuses distinctions, notamment un prix Indspire, un prix du premier ministre de l’Ontario pour l’excellence artistique et un doctorat honorifique de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario.

 

Dans ses œuvres, Kent Monkman exploite des conventions de l’art romantique du 19e siècle. Bien qu’il s’approprie les paysages historiques et l’imagerie narrative du Canada, son art ne constitue ni une simple assimilation ni une amélioration de cette tradition ancienne. Bien au contraire, il met en œuvre un processus de « recréation » d’œuvres d’art antérieures, comme autant d’occasions de représenter, avec ironie et souvent avec beaucoup d’humour, les attitudes des premiers artistes canadiens vis‑à‑vis de la culture des Premières Nations, des attitudes toujours actuelles. Dans une tentative d’ébranler le spectateur et de subvertir ses attentes, il endosse souvent, dans sa production artistique, la personnalité du « filou » des Premières Nations sous les traits de son alter ego, Miss Chief Eagle Testickle, un être à la forme changeante, se déplaçant dans le temps et de genre variant. Dans ses toiles d’une grande luxuriance visuelle, souvent à l’échelle de peintures murales, il présente d’étranges récits inversés des relations entre Autochtones et colons.

 

Kent Monkman s’intéresse particulièrement à la représentation de l’homosexualité qu’il considère comme une pratique acceptée, voire valorisée, dans la culture des Premières Nations, mais dont il estime qu’elle a été ultérieurement réprimée par des croyances judéo‑chrétiennes oppressives. Ses tableaux complexes, représentant des hommes autochtones et blancs entretenant des rapports intimes, sont conçus pour provoquer un choc visant à amener, avec une douce ironie, le spectateur à prendre conscience de la nature hautement comique des attentes des Blancs en matière de domination culturelle.

 

 

Extrait de l’article « Kent Monkman » par Russell BINGHAM, Encyclopédie canadienne, 23 avril 2013 – mis à jour par Daniel Baird, 15 février 2019.

 

Kent Monkman est représenté par la galerie Pierre‑François Ouellette art contemporain à Montréal et à Toronto, par Trepanier Baer à Calgary et par Peters Projects à Santa Fe.

 

Site web de l’artiste : www.kentmonkman.com

 

 

 

 

 

COMMISSAIRE
CLAUDE GOSSELIN, C.M. (c.v.)
Directeur général et artistique
Centre international d’art contemporain de Montréal
claude.gosselin@ciac.ca

 

COMMISSAIRE ADJOINT
VINCENT GODIN-FILION
Adjoint à la direction générale et artistique
Centre international d’art contemporain de Montréal
vincent.godin-filion@ciac.ca