Les bispirituels chez les peuples autochtones

 

PROGRAMMATIONARTISTESREVUE DE PRESSE

 

Le Centre international d’art contemporain de Montréal (CIAC MTL), en partenariat avec les festivals Présence autochtone et Fierté Montréal, a présenté un événement sur LES BISPIRITUELS CHEZ LES PEUPLES AUTOCHTONES réunissant des artistes et des conférenciers bispirituels, québécois et canadiens, du 5 au 21 août 2019.

 

L’acronyme LGBTQ2S est régulièrement utilisé, mais que savons-nous des « 2S » ?

 

Claude Gosselin, directeur du CIAC MTL et commissaire de ce projet rappelle que «si la notion de bispiritualité est largement débattue et comprise par les gens des Prairies et de l’Ouest canadien, elle est peu discutée au Québec malgré quelques travaux universitaires et actions communautaires faits ici et là. Il y a peu de documentation en français sur cette réalité qui a ses racines bien avant l’arrivée des Européens en terre d’Amérique. Nous souhaitons que notre projet apporte une information essentielle dans la reconnaissance des genres actuellement débattus dans la société d’aujourd’hui.»

 

Albert McLeod, codirecteur du Two-Spirited People of Manitoba, a avancé une définition qui dit que « l’identité bispirituelle est portée par des individus qui assument des rôles et qui ont des attributs et des attitudes multigenrés pour des raisons personnelles, spirituelles, culturelles, cérémoniales ou sociales

 

Notes sur la bispiritualité

 

La bi-spiritualité (two-spirit en anglais) appartient aux traditions des peuples autochtones. C’est un concept qui fait référence à un individu ayant une identité double, c’est-à-dire à la fois féminine et masculine et qui reflète la tradition de diversité sexuelle et de genre dans les cultures autochtones. Longtemps enfouie dans la mémoire ancestrale de ces peuples, la bi-spiritualité réapparaît depuis une cinquantaine d’années chez les autochtones LGBTQ qui veulent se réapproprier leurs traditions. Dans la foulée de la diversité sexuelle et de genre, la bi-spiritualité permet aux individus de trouver un équilibre dans les rôles et les attitudes de la vie quotidienne. On assiste également à un renouveau de la créativité artistique chez les personnes bi-spirituelles des peuples des Premières Nations.

 

Traditionnellement, l’identité bi-spirituelle conférait aux individus une force surnaturelle qui leur permettait de jouer un rôle important au sein de leur communauté. Plusieurs étaient chamans, guérisseurs, conteurs ou conseillers auprès des chefs et des anciens parce qu’ils pouvaient, par les rêves ou des visions, entrer en contact avec les esprits de la nature. On appréciait leurs grandes connaissances dans le chant, la danse et l’art de la parole. Leurs conseils et leur clairvoyance étaient très respectés dans la marche des affaires de leur peuple. Chez plusieurs peuples autochtones, l’identité bi-spirituelle était acceptée autant chez un homme que chez une femme. L’individu bi-spirituel avait les attributs physiques d’un sexe mais le genre de comportements de l’autre sexe.

 

Tout allait changer avec l’arrivée des explorateurs et des missionnaires européens. À l’étonnement succédèrent très vite la répugnance et le dégoût devant de tels individus. N’ayant pas de terme pour désigner les personnes bi-spirituelles, on finit par employer le mot « berdache » qu’on utilisait pour parler d’un homme homosexuel qui entretient des rapports sexuels avec de jeunes partenaires. La bi-spiritualité était ainsi réduite à une déviance sexuelle masculine. Les missionnaires furent les plus virulents à l’égard de ces personnes qui agissaient contre nature et remettaient en question la hiérarchie des genres. Ainsi, le père Louis Hennepin, un missionnaire franciscain, écrit en 1683 : « J’ay veu un garçon âgé d’environ dix-sept à dix-huit ans lequel avoit resvé qu’il estoit fille, il y ajoûta tellement foy qu’il croyoit estre tel ; il se vestoit comme les filles, & faisoit tous les mesmes ouvrages que les femmes. » Il ajouta même plus tard : « Ils sont impudiques jusqu’à tomber dans le péché qui est contre nature. Ils ont des garçons, à qui ils donnent l’équipage de filles, par ce qu’ils les emploient à cet abominable usage. Ces garçons ne s’occupent qu’aux ouvrages des femmes, & ne se meslent ni de la Chasse ni de la guerre. » À la même époque, le père jésuite Jacques Marquette qui avait accompagné l’explorateur Louis Joliet, trouvait que de tels comportements pervertissaient la hiérarchie des genres et portaient atteinte à la « perfection masculine » !

 

La colonisation, la christianisation et l’assimilation culturelle forcée (que l’on pense au système des pensionnats) ont conduit à la disparition de la reconnaissance de l’identité bi-spirituelle chez les peuples autohctones. Aujourd’hui, les personnes bi-spirituelles autochtones continuent d’être victimes de discrimination sexuelle et de genre même au sein de leurs communautés.


COMMISSAIRE ET INITIATEUR DU PROJET

CLAUDE GOSSELIN, C.M. (c.v.)
Fondateur – Directeur général et artistique
Centre international d’art contemporain de Montréal
claude.gosselin@ciac.ca

COMMISSAIRE ASSOCIÉ

ANDRÉ DUDEMAINE
Fondateur – Directeur des activités culturelles
Festival Présence autochtone, Montréal


PARTENAIRES

 

Adrian STIMSON

Adrian STIMSON

Adrian STIMSON

Ma-Nee CHACABY

Ma-Nee CHACABY

Ma-Nee CHACABY